Je ne devrais pas exister…
Je ne devrais pas exister. C’est ce que me répète maman depuis ma naissance, c’est-à-dire depuis neuf ans, cinq mois et quatre-vingt sept jours. Ne vous étonnez pas de ce décompte si précis, ce n’est pas moi qui l’ai fait, je ne sais pas compter, quelqu’un qui ne doit pas exister n’apprend pas ce genre de choses.
Non, c’est maman qui me le dit chaque jour quand elle vient me voir : « Neuf ans, cinq mois et quatre-vingt sept jours que je ne suis pas tranquille. Tu ne devrais pas exister. » Puis elle me fait un bisou sur le front et s’en va.
Elle n’est pas tranquille parce que je lui ressemble vraiment beaucoup, alors elle ne peut pas me laisser sortir. C’est pas grave, puisque depuis ma chambre j’entends les cérémonies ;
Maman dit que c’est le plus important.
Et puis les soeurs viennent parfois me rendre visite et me laissent essayer leurs robes colorées dans lesquelles j’ai l’air d’une sauterelle – c’est elles qui le disent, moi je n’ai jamais vu de sauterelle.
C’est pas grave, mon lit est en or et il y a des petites anges gravées dessus ;
Maman dit que c’est plus joli que les sauterelles.
Dans le cadre de l’atelier d’écriture des Activités culturelles de l’Uni de Genève

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